Dr. Kindynis partage sa position sur la vaccination contre la Covid-19

26 novembre 2021

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En 1918, la question ne se posait même pas puisque le vaccin n’existait pas.

Au moment même où nous entamons notre 3ème année de pandémie de la Covid-19, et que l’on parle de 5ème vague, il se trouve encore des « anti-vaccins », des « anti-masques », des « anti-gestes barrières », des « anti-pass » et pour tout dire des « anti-tout » sous prétexte de libertés individuelles, de sécurité vaccinale, d’effets secondaires et autres billevesées.

Avant d’aborder le sujet, faisons un détour sur l’Histoire, celle de la grippe espagnole.

Grippe espagnole (mars 1918 – mi-avril 1919) ? Un nom trompeur !

La grippe dite « espagnole » s’est répandue en 3 vagues successives, de mars 1918 à avril 1919, la 2ème vague (en raison d’un mutant, déjà !), de septembre à décembre 1918, étant la plus meurtrière.

La ville de Paris est particulièrement touchée en comptabilisant 616 morts recensés pour la seule semaine du 6 au 12 octobre.

Bien que cela soit encore contesté (les pays asiatiques ne tenaient pas de registre statistique et la microbiologie en 1918 était peu développée), les historiens ont identifié le patient zéro aux États-Unis, le 4 mars 1918, en la personne d’un certain Albert Gitchell, appelé sous les drapeaux.

Assigné à la cuisine d’un camp militaire au Kansas, (poste stratégique, s’il en est), il va favoriser la propagation du virus, auprès de jeunes soldats américains réunis trois mois, à raison de 50’000 à 70’000 individus, avant de traverser le pays et de prendre la mer pour l’Europe. Un cluster géant en quelque sorte.

La grippe espagnole

  • Première vague de pandémie entre mars et juillet 1918.
  • Seconde vague, la plus meurtrière, de fin août à novembre 1918.
  • Troisième vague et dernière de l’hiver au printemps 1919.
  • La grippe atteint l’Espagne, pays neutre, en mai 1918. La presse espagnole est la première à en décrire les effets. L’Espagne n’est pas du tout à l’origine de la pandémie.
  • À l’échelle mondiale, la grippe espagnole serait responsable de 20 à 50 millions de morts. Des évaluations récentes, atteignent jusqu’à 100 millions.
  • Les « anti-masques » avaient déjà leur Ligue, qui parvint à faire lever cette obligation en février 1919, lors de la seconde vague d’infections dans la ville !

En trois semaines, 1100 hommes sont grièvement malades. Près de 40 trouvent la mort.

Le 29 septembre 1918, 9000 soldats américains sont entassés dans un paquebot, à l’hygiène douteuse, en partance pour l’Europe. “Un navire virus”, résume le Docteur Michael Bresalier de l’Université de Swansea.

Le premier mort est enregistré sur le bateau dès le lendemain. Lorsqu’il accoste 10 jours plus tard en France, 2000 passagers sont sérieusement malades et près d’une centaine sont morts.

La grippe se répand alors comme une traînée de poudre, en se propageant notamment librement dans les tranchées de la ligne de front au sein de soldats affaiblis, dans la promiscuité la plus totale.

Le virus suit également les routes et les chemins empruntés par les soldats. En à peine 100 jours, à la mi-juin 1918, le nombre de cas grimpe à 130 millions !

Les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest (Grande-Bretagne, France, Suisse romande, Allemagne, Belgique, Pays-Bas) sont touchés. Presque tous ces pays sont en guerre et censurent les informations sur la maladie, afin de ne pas affecter le moral des troupes et des populations.

Aussi, quand en mai 1918 la grippe atteint l’Espagne, pays neutre, la presse espagnole est la première à en décrire les effets.

C’est pour cette raison que l’épidémie a souvent été qualifiée en Europe de « grippe espagnole », sauf en Espagne où elle porte le sobriquet de « Soldat napolitain ».

Ce virus n’a donc rien d’espagnol !

À partir de début novembre 1918, le virus se répand très vite dans toute l’Afrique, l’Amérique latine et notamment le Brésil, les Indes, la Chine ainsi qu’en Océanie.

Seule l’Australie, qui est en mesure d’appliquer très tôt, une quarantaine rigoureuse et des gestes barrières, est dans un premier temps épargnée. Elle sera malheureusement rattrapée par la pandémie, en levant ces interdictions trop tôt !

Le virus de la grippe espagnole : aperçu

Pour simplifier, il existe trois types de virus influenza, responsables de la grippe, appelés A, B et C. Les virus A et B sont responsables des épidémies de grippe saisonnière.

Les virus de type A sont nommés en fonction des protéines H et N présentes, allant de H1 à H18 et de N1 à N11. Ainsi, les sous-types trouvés dans les infections humaines peuvent être les virus H1N1 ou H3N2.

Les réservoirs de la grippe A circulent chez différents animaux, oiseaux et mammifères (porcs…), alors que les virus B et C sont essentiellement présents chez l’Homme.

La variabilité du virus est due à des mutations, mais aussi à des réassortiments et échanges génétiques entre souches (aviaires, porcines et humaines) lorsqu’une même cellule est infectée par deux virus.

La pandémie mondiale la plus meurtrière connue à ce jour est celle de la « grippe espagnole » (virus de la grippe A, sous-type H1N1) due à une souche particulièrement virulente et contagieuse qui s’est répandue de mars 1918 à avril 1919.

Avec les grippes précédentes, seuls 1 % des grippés présentaient des complications pulmonaires plus ou moins graves et, parmi ceux-ci, seuls 1% des cas étaient mortels.

Aussi, ce fut près de 15 à 30 % des grippés qui présentèrent des complications pulmonaires, et environ 10 % de ces cas eurent une issue fatale, c’est-à- dire jusqu’à 300 fois plus de morts que les grippes précédentes.

Une spécificité de cette grippe est que le taux de mortalité a été anormalement haut pour la tranche d’âge de 20 à 40 ans. Elle tua principalement de jeunes adultes, 99 % des décès étant survenus avant soixante-cinq ans et plus de la moitié entre vingt et quarante ans.

Des témoignages tels que “De grands gaillards en bonne santé meurent dans les trois jours”, ou encore “Les enfants tombent un à un derrière leur pupitre comme si on les avait empoisonnés” attestent de la gravité de la situation.

L’atteinte préférentielle d’adultes jeunes pourrait s’expliquer par une relative immunisation des personnes plus âgées ayant été contaminées auparavant par un virus proche. Le Pr Julien Besançon dans son livre nommé : ” Les jours de l’homme ” situe très précisément la date de cette immunisation. Il s’agit de l’épidémie de « grippe pneumonique » de 1885-1889 qui, à l’hôpital de la Pitié où il était interne, tua 2 malades sur 3.

La majorité des décès firent suite à des surinfections, notamment des pneumonies bactériennes, mais le virus tua aussi directement, en causant des hémorragies, des œdèmes pulmonaires massifs ainsi qu’une réaction immunitaire excessive (« orage cytokinique ») dépassant les possibilités thérapeutiques de l’époque.

La plupart des personnes décédées sont mortes étouffées dans leurs expectorations, qui regorgeaient souvent de sang.

La science et les politiques à l’épreuve

En 1918 et 1919, les scientifiques ne parviennent pas à isoler le virus. Ils pensaient même que cette grippe était d’origine bactérienne. Ce n’est qu’en 1930 que l’on comprend qu’il s’agit d’un virus. Il faudra attendre encore 2005 et l’exhumation de cadavres inuits et norvégiens conservés dans le pergélisol (sol gelé des pays nordiques) pour que le génome soit séquencé.

À la suite de la grippe espagnole, des campagnes de prévention en matière d’hygiène sont lancées. En Suisse, elles interviennent fin 1919.

Cette pandémie a fait prendre conscience de la nature internationale de la menace des épidémies et maladies, et des impératifs de l’hygiène et d’un réseau de surveillance pour y faire face.

En 1922, suite à cette épidémie, la Société des Nations (SDN), ancêtre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), crée le Comité de la santé et l’Organisation d’Hygiène.

Combien de morts sont imputables à la grippe espagnole ?

La grippe espagnole est la pandémie la plus meurtrière de l’histoire. Elle devance la “peste noire” de 1347 à 1350, pandémie jusqu’alors la plus violente jamais connue, qui a elle seule aurait fait environ 34 millions de victimes.

Les Etats-Unis comptabiliseraient 549 000 décès, l’Allemagne 426 000, le Royaume-Uni 153 000, la France 400 000, l’Inde 18,5 millions, la Chine de 4 à 9,5 millions, le Japon, 250 000, l’Afrique 2,5 millions.

Le bilan en Europe occidentale s’élèverait à 2,3 millions de morts (pour 14 pays) et vraisemblablement plus de 4 millions pour l’ensemble de l’Europe en comprenant l’Autriche- Hongrie, les autres pays d’Europe orientale, et la Russie.

En Suisse, le virus a fait 25’000 morts, selon l’étude publiée en 2018 par l’Office fédéral de la statistique.

À l’échelle mondiale, la grippe espagnole serait, selon l’Institut Pasteur, responsable de 20 à 50 millions de morts. Des évaluations récentes, atteignent jusqu’à 100 millions.

Cette “Grande Tueuse“, dans l’ensemble du monde, a fait plus de victimes que la Première Guerre mondiale qui a provoqué 9 à 10 millions de morts en quatre ans, y compris les victimes civiles.

La grippe espagnole a frappé plus massivement les pays n’ayant pas ou peu participé au conflit.

Par un étonnant mélange de fin de Première Guerre mondiale, d’essor économique et d’euphorie, la grippe espagnole est longtemps restée un simple épiphénomène refoulé de l’inconscient collectif.

La grippe A (H1N1) est réapparue entre 2009 à 2010, sous une forme nettement atténuée, avec un taux de complications sévères de l’ordre de 2 à 3 ‰, analogue à celui des grippes saisonnières. Dans la plupart des cas, les malades ne présentent que des symptômes bénins et leur guérison est rapide et complète.

Devant l’ampleur de l’épidémie, l’OMS a qualifié la situation de pandémie le 11 juin 2009. En août 2010, le monde entre en période post-pandémique selon l’OMS. Cependant, il ne s’agit que de l’alerte, le virus circule toujours abondamment autour du globe.

Les personnes âgées ont connu des souches similaires dans les années 1950 et en ont conservé pour la plupart une bonne résistance. Cette grippe circule donc beaucoup plus aisément chez les jeunes.

Gestes barrières et autres mesures : leçons de la grippe espagnole

La grippe fut l’occasion de déployer certains gestes barrières comme le lavage des mains, le port du masque notamment dans les transports publics, l’interdiction des attroupements, la mise en quarantaine, la fermeture d’écoles, l’interdiction de services religieux, la fermeture de divertissements publics, des consignes de rester chez soi, l’interdiction de cracher dans la rue, et l’interdiction de l’affluence dans les commerces.

Vous pouvez voir sur internet des images venues d’un autre temps, mais tellement d’actualité, telles ce poinçonneur, en 1918, qui ne laisse pas monter les passagers non munis de masques dans les transports en commun à Seattle, les forces de l’ordre équipées de masques, également à Seattle, ou encore le personnel de la Croix Rouge portant des masques de protection à Saint- Louis.

Malheureusement, les réglementations des gestes barrière variaient selon les régions et les pays. Aux États-Unis par exemple, la ville de Seattle se protégea plus que Philadelphie, tandis qu’à San Francisco une controverse apparut autour de l’obligation de porter des masques, culminant dans la Ligue anti-masque qui parvint à faire lever cette obligation en février 1919, lors de la seconde vague d’infections dans la ville !

Les temps changent, la science fait des progrès considérables, mais il est surprenant de constater à quel point la nature humaine reste fondamentalement la même. Il y a toujours des opposants, des réticents, des résistants, des méfiants, des « neinsager », alors même que le sujet principal est de sauver des vies humaines.

Origine de la Covid-19

Les coronavirus présents chez l’homme et chez l’animal possèdent un génome à ARN, et sont entourés d’une capsule de protéines en forme de couronne qui leur valent leur nom.

Médicalement, on distingue deux groupes de coronavirus touchant l’être humain : les coronavirus peu pathogènes, et les coronavirus hautement pathogènes, dont on ne connaissait que deux représentants jusque-là, le Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SRAS-Cov en français ou SARS-Cov en anglais) et le coronavirus du Syndrome Respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV). En 2003, le SRAS avait infecté environ 8000 individus, causant la mort de 800 personnes dans le monde.

Le patient zéro, de cette nouvelle maladie infectieuse respiratoire que l’on appelle aujourd’hui la Covid-19 (Corona Virus Disease 2019), remonte à fin novembre – début décembre 2019, c’est-à-dire il y a exactement 2 ans. Il s’agissait à l’époque d’une épidémie de pneumonie apparue dans un marché d’animaux vivants à Wuhan, (province de Hubei, Chine).

Une transmission d’origine animale serait à l’origine de cette épidémie, qui s’est rapidement transformée en pandémie dès le début de l’année 2020.

Le 9 janvier 2020, la découverte d’un nouveau coronavirus a été annoncée officiellement par les autorités sanitaires chinoises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce virus appelé SARS-CoV-2, est différent du virus SARS-CoV responsable de l’épidémie de SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) en 2003. Il est également différent du virus MERS-CoV responsable d’une épidémie évoluant depuis 2012 au Moyen-Orient.

De l’interdiction de pratiquer

Coup de tonnerre le 13 mars 2020, l’ordonnance fédérale 2 COVID-19 arrête que les cliniques, les cabinets médicaux et dentaires doivent renoncer à tous les traitements et interventions médicaux non urgents.

Cette mesure va persister quelques semaines. De toutes les mesures de protection prises pour la lutte anti-Covid-19, cette dernière est de loin la plus surprenante et même la plus inédite.

À ma connaissance, jamais une telle mesure a été prise alors que la liste des pandémies est extrêmement longue, remontant pour certaine à l’Antiquité.

Sans être exhaustif, il y a eu la peste, le choléra, le typhus, la tuberculose, la variole, les parasitoses dont la malaria et les maladies sexuellement transmissibles (MST), dont notamment le SIDA (qui serait responsable depuis 1981 de la mort de plus de 32 millions de personnes) et la syphilis qui ont fait des ravages considérables.

Je me souviens avoir lu quelque part l’histoire de ces ORL ayant contracté une syphilis dite « imméritée » en recevant dans l’œil des postillons de patients infectés.

Tout le monde a en mémoire le Docteur Li Wenliang, ophtalmologue à l’Hôpital central de Wuhan, Chine, décédé en février 2020 de complications respiratoires, trois semaines après avoir contracté la COVID-19. Il avait 34 ans, laissant derrière lui sa femme, enceinte de leur deuxième enfant. Ce donneur d’alerte avait tenté d’avertir les autorités sur la situation fin décembre, mais avait été arrêté et accusé d’avoir diffusé des rumeurs, avant d’être réhabilité fin janvier.

J’ai un ami, de très longue date, depuis plus de 30 ans, médecin, travaillant pour l’OMS, spécialisé dans la lutte anti-malaria. À ce titre, il a vécu, avec femme et enfants, comme expatrié, pendant des années dans différents pays d’Afrique et d’Asie. De retour au siège, à Genève, sous prétexte d’une recrudescence des cas de malaria liés à la maladie à Virus Ebola, en Afrique de l’Ouest, qui a sévi entre 2014 et 2016, il a revêtu sa combinaison intégrale et a participé pendant quelques jours, en personne, au triage des malades. Le connaissant, je n’ai pas été fondamentalement surpris, mais ce choix, qui pour lui était l’évidence même, m’a laissé pantois. Rien ne l’obligeait, fondamentalement, à être au cœur du réacteur.

Pour information, le virus Ebola appartient à la famille des Filoviridae (filovirus), encore un autre virus, qui fort heureusement n’est pas (encore) parvenu jusqu’à nous.

Oui, la pratique de notre métier peut être mortelle, non seulement pour les médecins, mais aussi pour l’ensemble du personnel soignant auquel il faut rendre hommage. Sur les 742 infirmières mobilisées en 1918, 69 ont perdu la vie, victimes de la grippe espagnole, soit près de dix pourcents.

Aux dires d’un directeur d’un grand groupe suisse, propriétaire de nombreux cabinets médicaux (radiologiques et autres), certains médecins ont refusé de pratiquer. Même si ces derniers sont minoritaires, je pense qu’ils devraient profondément revoir les motivations qui les ont conduits à pratiquer ce métier.

La non-urgence est définie comme ce qui peut être différé sans préjudice autre que mineur. Comment peut-on l’anticiper ? Est-ce au patient de déterminer s’il a urgence ou non ? À moins qu’il présente de très sérieuses connaissances médicales, la réponse est non ! La vraie urgence est rare dans la pratique ambulatoire parce que notre métier consiste justement à éviter qu’elle ne survienne.

Ce n’est pas parce qu’il y a pandémie, que l’émergence des cancers s’arrête ou que les maladies chroniques cessent de se décompenser. C’est ce que l’on appelle des victimes collatérales. Elles ne rentrent pas dans les statistiques, ou très difficilement, raison pour laquelle nos autorités ont pu les ignorer.

Ce n’est pas notre point de vue, chaque vie compte et il n’y en a pas de plus précieuse que d’autre.

Interdire aux médecins et à leurs collaborateurs de pratiquer pendant une pandémie et laisser au patient le soin de décider ce qui est urgent ou non, avec des hôpitaux engorgés, quelle absurdité ! En ce qui me concerne, et je ne suis pas le seul, j’ai profondément été choqué de cette décision.

C’est notre métier et nous sommes formés pour nous protéger et protéger la vie de nos patients. J’ai en mémoire un patient que j’ai vu une semaine pour une IRM dans le cadre d’une lombalgie et qui est revenu la semaine suivante pour un CT pulmonaire dans le cadre d’une COVID-19 avérée.

Tous les gestes barrières étant en place, aussi bien de notre côté que celui du patient, aucune transmission de la maladie n’a été déplorée. En 2 ans, sur l’ensemble du personnel de notre institut, qui dénombre environ une quinzaine de personnes, deux personnes ont contracté la maladie, dont un cas contact, de toute évidence en dehors de leur activité médicale, aucune dans l’exercice de leur métier.

Point sur la situation actuelle de la Covid-19

A l’heure où ces lignes sont écrites, en novembre 2021, la Covid-19 a déjà fait plus de 5 millions de morts à travers le monde, dont environ 760’000 aux Etats-Unis, plus de 800’000 dans l’Union européenne, plus de 610’000 au Brésil, plus de 460’000 en Inde et plus de 11’000 en Suisse.

L’OMS estime, en prenant en compte la surmortalité directement et indirectement liée au Covid-19, que le bilan de la pandémie pourrait être deux à trois fois plus élevé. Elle étudie également les répercussions, et notamment la morbidité, de la COVID longue qui atteint certains individus, guéris, mais qui conservent des séquelles durables de la maladie.

Depuis le 4 octobre 2021, la Covid-19 a désormais tué davantage d’Américains que la grippe espagnole en 1918-1919, selon les données transmises par l’université Johns- Hopkins. Plus de 675’700 personnes contaminées par le nouveau coronavirus sont décédées aux Etats-Unis (le chiffre dépasse 760’000 en novembre 2021).

Nous en sommes actuellement au début de la 5ème vague.

  • Personne ne sera en sécurité tant que le monde entier ne sera pas vacciné selon l’OMS.
  • L’accès mondial et équitable à un vaccin constitue l’unique moyen d’atteindre l’immunité collective.
  • S’il persiste des pays sous-vaccinés, ces derniers vont développer des variants encore plus contagieux et mortels. Pour l’instant, la vaccination présente une protection efficace contre ces variants, mais pour combien de temps ?
  • La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. Respectez les gestes barrières.
  • Je vous encourage à vous vacciner !

La Roumanie vit actuellement une situation catastrophique, avec depuis plusieurs semaines 400 décès par jour, avec un pic à 600 morts le 2 novembre dernier, un taux de mortalité le plus élevé au monde par rapport à ses 19 millions d’habitants.

Seulement 33% de la population est vaccinée. La désinformation, l’ignorance, la méfiance envers les institutions, héritée de tous les anciens pays communistes sont la cause d’un tel désastre. À cela il faut rajouter la vaccination qui n’est pas dans la culture du pays. Les hôpitaux sont submergés, les voitures et les ambulances s’accumulent pendant des heures et des jours dans les parkings et les gens meurent avant même d’accéder aux urgences.

De la vaccination

Seuls 2 vaccins sûrs et efficaces sont autorisés, en Suisse, par Swissmedic. Le vaccin Pfizer/BioNTech et le vaccin de Moderna sont tous deux des vaccins à ARNm.

Comment les vaccins à ARNm fonctionnent-ils ?

Les vaccins à ARNm contiennent des instructions pour la synthèse des protéines « Spike » qui hérissent la surface du coronavirus.

Après l’injection du vaccin dans le muscle, l’ARNm pénètre dans la cellule, mais reste en dehors du noyau. La production des protéines « Spike » est assurée par les ribosomes. Ces protéines sont ensuite transportées vers la surface de la cellule où elles sont présentées aux cellules immunitaires (via les lymphocytes notamment) qui lancent la production d’anticorps contre la protéine « Spike ».

Ce processus engendre 2 types de défenses immunitaires.

D’une part la production d’anticorps, qui vont neutraliser le coronavirus, et d’autre part la mémorisation, par la cellule immunitaire elle-même, de l’ennemi, permettant de protéger la personne contre le virus en cas de nouvelle infection (immunité dite « cellulaire »). L’ARNm ayant une durée de vie très courte, il est protégé par une « enveloppe de graisse » (à base de nanoparticule lipidique). C’est cette protection qui différencie les 2 vaccins et qui explique notamment les différences de contraintes de stockage.

Troisième dose ? Pourquoi ?

Les anticorps « neutralisants » ont tendance à diminuer 6 mois après la vaccination « 2 doses », alors que l’immunité « cellulaire » a plutôt tendance à augmenter avec le temps. Ces 2 phénomènes expliqueraient que même après 2 doses de vaccins, il est possible de contracter la Covid-19, alors même que l’efficacité persiste contre les variants récents, dont le Delta.

Selon une étude parue dans le New England Journal of Medicine, des chercheurs ont administré une troisième dose de vaccin Pfizer/BioNTech. La dose de rappel semble faire augmenter significativement l’activité des anticorps du sérum des participants par rapport à celle obtenue après la deuxième dose.

Cette dernière est en effet multipliée par 5 pour les 18-55 ans et par 12 pour les 65-88 ans, cela contre le variant Delta.

Au fil du temps, le nombre de personnes vaccinées admises à l’hôpital pour cause de covid augmente subtilement.

La Covid-19 et la vaccination : Questions – Réponses

Se protéger contre la Covid-19 grâce à la vaccination illustré par une personne âgée se faisant vacciner dans un cabinet médicale.

Peut-on être de nouveau contaminé après 2 doses de vaccins ?

Oui, mais les symptômes sont généralement beaucoup moins graves que pour les personnes non vaccinées, y compris pour les variants actuellement connus.

Pourquoi 2 doses ne suffisent-elles pas ?

La vaccination stimule la production d’anticorps et l’immunité dite cellulaire. Malheureusement les anticorps diminuent fortement après 6 mois, mais peuvent être « reboostés » par une 3ème injection.

Une 3ème dose est-elle indiquée ?

Pour l’instant, elle est réservée aux personnes les plus fragiles. De plus, il est inutile de sur-vacciner une population, alors que même pas 5% des personnes le sont dans d’autres pays. Cette remarque vaut d’ailleurs également en cas d’une disparité significative du taux de couverture vaccinal à l’intérieur d’un même pays.

Comment peut-on être sûr que cette 3ème dose suffira ?

On n’en sait actuellement rien du tout. Il existe cependant d’autres exemples avec notamment la vaccination contre l’hépatite B où 3 doses sont nécessaires et suffisantes.

Devra-t-on se faire vacciner tous les ans ?

Là encore, les scientifiques n’en ont aucune idée. Une certitude est formelle. Si de nouveaux mutants apparaissent avec des souches distinctes encore plus virulentes, du genre Sars-CoV-3, V4, V5 etc. il est probable que de nouveaux vaccins devraient voir le jour, basés toutefois sur le même principe.

Est-ce que les vaccins à ARNm peuvent modifier notre génome ?

Absolument pas. Il n’y a aucune interférence entre le vaccin, vos chromosomes et vos gènes. Le m de ARN signifie messager, et dans l’esprit de certaines personnes, à tendance complotiste, cet ARNm serait un traceur capable, si j’ai bien compris, de nous pister !? C’est évidemment complètement faux. Pour information, sans la protection des données, une simple prise de sang suffirait pour décoder la totalité de votre ADN et en savoir bien plus que vous n’en savez sur vous-même. Heureusement, cela est formellement interdit sans votre accord.

Il faut toutefois modérer ces propos, car ces formes sont généralement beaucoup moins graves que pour les gens non vaccinés.

Les vaccins sont même efficaces contre les variants

Le rapport est de 1/10, c’est-à-dire qu’en n’étant pas vacciné vous avez 10 fois plus de chances de vous retrouver aux soins intensifs, par rapport à quelqu’un qui l’est. D’après une étude britannique récente, une personne non vaccinée a 32 fois plus de risques de mourir qu’une personne vaccinée.

Pour l’instant, les vaccins sont même efficaces contre les variants, comme le delta. Ces mutants sont déjà nombreux, plus contagieux et plus dangereux, soit ceux du Royaume-Uni, d’Afrique du Sud et du Brésil.

Le 26 octobre 2021, Swissmedic a autorisé une troisième vaccination au minimum six mois après la deuxième dose chez les personnes âgées ou les patientes et patients à risque.

Éthique

La position de l’OMS est sans appel : dans le cadre de la pandémie actuelle qui se propage rapidement, personne ne sera en sécurité tant que le monde entier ne sera pas vacciné.

L’accès mondial et équitable à un vaccin constitue l’unique moyen d’atténuer l’impact de la pandémie en santé publique et au niveau économique.

Cette 3ème dose devrait être administrée aux personnes « modérément ou sévèrement immunodéprimées » ou pour les individus de 60 ans et plus ayant été immunisés avec les vaccins des sociétés chinoises Sinovac et Sinopharm. D’ailleurs en France voisine, elle est déjà conseillée à tous les adultes.

À ce jour 6,8 milliards de doses de vaccin ont été administrées dans le monde, mais seule 3% de la population dans les pays à faible revenu a reçu au moins une injection.

Il est inutile de « sur-vacciner » la population d’un pays, alors que moins de 5% l’est dans l’autre. L’immunité collective, c’est ce que nous devons atteindre le plus rapidement possible afin d’éradiquer cette pandémie. Elle passe obligatoirement par la case « vaccin », au niveau planétaire, y compris, et surtout, dans les pays pauvres et sous-développés, car autrement, ces pays vont développer des variants encore plus contagieux et mortels.

Taux de couverture vaccinale

En termes de couverture mondiale, il est difficile d’avoir une idée précise, à moins de consulter les sites officiels de chaque pays, les plus industrialisés et les plus démocratiques étant généralement les plus complets.

Ces taux de couverture varient même à l’intérieur d’un même pays, comme par exemple pour la Suisse et ses cantons.

À l’heure où les contaminations repartent à la hausse, une constatation s’impose. Plus le taux de vaccination est élevé et plus le taux de contamination est bas.

Prenons l’exemple de l’Espagne qui actuellement est la championne européenne de la vaccination, avec le taux le plus élevé des grands pays européens, et qui présente un taux d’infection qui est l’un des plus bas d’Europe avec 63 cas pour 100.000 habitants sur les 14 derniers jours et n’est donc pas concernée, pour l’instant, par cette 5ème vague qui sévit actuellement. 79% des Espagnols sont totalement vaccinés contre 67% en Grande-Bretagne et en Allemagne.

De l’utilité de la vaccination, du pass sanitaire, et des gestes barrières

Si une personne ne veut pas respecter les gestes barrières et refuse de se faire vacciner, quitte à contracter la maladie et à en mourir, elle est parfaitement libre de le faire. Toutefois, elle doit veiller à ne pas contaminer son entourage en transmettant la maladie à celles et ceux qui se protègent par le biais du vaccin.

Rien ne vous empêche de rouler à 200 à l’heure dans une agglomération limitée à 50. Toutefois, il est primordial de veiller à la sécurité des piétons et des automobilistes.

Rien ne vous empêche, également, de jouer à la « roulette russe » sur votre propre personne. C’est votre affaire. Néanmoins, il est important de veiller à la sécurité des autres personnes afin de ne pas les impacter.

Il y a de toute évidence un lien direct de cause à effet dans ces 2 derniers exemples. Ce lien est beaucoup plus sournois en ce qui concerne la transmission de la Covid-19, vous êtes potentiellement un vecteur de transmission dont les victimes resteront, à vos yeux et à ceux des autres, complètement anonymes. Cette négligence pourrait conduire à des décès.

Pensez à vous vacciner


La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. Ce dicton, issu de la sagesse populaire, est un des fondements de notre vie en société. Le prétexte d’un vaccin à l’efficacité et de sécurité incertaine était peut-être valable au début de la campagne de vaccination, mais n’a plus de raison d’être actuellement.

Le pass sanitaire ne doit absolument pas être vécu comme une restriction des libertés. Au contraire. Ce n’est pas une protection absolue, mais avouez quand même, que si vous assistez à un spectacle ou que vous prenez l’avion il est très rassurant de savoir que tout le monde est vacciné.

La poursuite des gestes barrières est également essentielle, spécialement dans les lieux fermés et bondés.

Conclusion : l’immunité collective


L’humanité se posait cette grande question depuis un moment déjà. Le retour d’une épidémie, voire une pandémie, semblait effectivement inévitable. La voici avec la Covid-19, et il y a fort à parier que ce ne sera pas la dernière.

La grippe espagnole a duré moins de 2 ans alors que nous entamons la troisième année de la Covid-19, et c’est encore loin d’être terminé, avec des morts en constante progression.

Si la Covid-19 a d’ores et déjà dépassé le nombre de morts aux Etats-Unis par rapport à la grippe espagnole, la Covid-19, avec ses plus de 5 millions de morts actuels est encore loin d’atteindre, au niveau mondial, les sommets de la grippe espagnole.

La raison en est simple, nous savons précisément à qui nous avons à faire, je veux parler du coronavirus, et nous disposons actuellement de vaccins efficaces, ce qui constitue des différences fondamentales par rapport à 1918.

Les penseurs de la Grèce antique considéraient déjà « le monde comme un éternel recommencement », ou encore que « l’on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau ». Une version plus récente estime que « l’histoire ne se répète pas, mais elle bégaie ».

La flèche du temps n’a malheureusement qu’une seule direction et nous ne pouvons pas revenir en arrière. Nous pouvons cependant tirer des leçons du passé.

Limmunité « spontanée » contre le virus de la grippe espagnole a été acquise au prix d’un nombre abyssal de morts (de 20 à 50 millions de morts, jusqu’à 100 millions selon des évaluations récentes).

Ne commettons pas les mêmes erreurs.

  • Personne ne sera en sécurité tant que le monde entier ne sera pas vacciné selon l’OMS.
  • L’accès mondial et équitable à un vaccin constitue l’unique moyen d’atteindre l’immunité collective.
  • S’il persiste des pays sous-vaccinés, ces derniers vont développer des variants encore plus contagieux et mortels. Pour l’instant, la vaccination présente une protection efficace contre ces variants, mais pour combien de temps ?
  • La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. Respectez les gestes barrières.

La vaccination, les gestes barrières, le pass sanitaire et le confinement, pour les situations extrêmes, sont autant de mesures qui devraient nous permettre de sauver un nombre considérable de vies et d’atteindre l’immunité « collective ».

Une dernière ligne pour rendre hommage à tous nos prédécesseurs de l’ensemble du corps médical et à toutes ces populations qui ont dû survivre ou mourir dans le marasme mondial de la grippe espagnole.

À toutes et à tous qui nous ont montré le chemin, je n’ai qu’un seul mot : RESPECT.

Docteur Philippe Kindynis

Genève, novembre 2021

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